Masomania

Des chuchotements. Quelques cris. Paroles en liberté d'un plaisir libertin

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Elle et moi

Une lettre d'Elle avec mes réponses en écho.

Il m’avait dit “je t’inviterai chez ma chienne”. Plusieurs fois j’avais insisté pour être sûre que tu le voulais aussi. Il me disait "elle veut tout ce que je veux". Je ne le crois pas, ça, en général.

Pourtant, si ! ma Douce ! je fais ce qu’il veut ! C’est mon moteur ! Depuis toujours, je « fonctionne » au désir de l’autre. Alors, quand je rencontre un Dom magique, tu vois un peu ! Il ne me demande rien : il suggère, il inspire. Il ne m’impose rien, sauf ce que je veux aussi, même si je n’ai pas le courage — ou la conscience — de le reconnaître.

Rien ne m’est plus désagréable que cette sensation d’être acceptée sous la contrainte, d’être ressentie comme un danger par celle qui craint que je vienne lui prendre son maître. Je ne prends personne, je suis de passage, mais tu n’étais pas obligée de le savoir. Je ne sais pas pourquoi je t’imaginais jeune. De son âge à lui. Il m’apprend dans le métro que tu as mon âge.

Quand je suis entrée chez toi, je t’ai vue à quatre pattes, une laisse passée à ton collier de cuir. Et puis il m’a mis un bandeau, et je t’ai touchée, respirée, imaginée. J’ai aussi aperçu, sous le bandeau, ton ventre où tu avais tracé au feutre des mots que j’ai oublié "grosse salope" peut-être.

Étais-tu contente de me voir comme ça ? As-tu eu l’impression de te voir toi-même, différente et semblable ?

Je me souviens… Je te tenais dans mes bras et il te fouettait, et je sentais tes spasmes de douleur, et j’en jouissais avec toi.

Moi, je jouissais de toi, de tes chiffres murmurés, de te sentir frissonner avec moi… Jamais je n’ai ressenti une telle plénitude. C’est bizarre, non ?

Ta peau était douce, et ta poitrine, fascinante. Je n’ai pas osé te caresser le clito, il m’avait dit que tu n’aimais pas. Une femme qui n’aime pas ça ? Je suis prête à croire n’importe quoi, moi… sourire. Je pense qu’il le croyait lui aussi.

Et il avait raison : je n’aimais pas ça. Mais j’ai eu vraiment envie que tu le touches, quand j’étais debout, attachée, et que je pouvais serrer les jambes. Toucher, encore, ça va. Lécher, non (mais je ne dirai plus jamais jamais) parce que quand mes jambes sont écartées, mon clito est exposé, si sensible que le moindre effleurement sur son extrémité me fait vraiment mal…

Je reviendrai, et je te caresserai, je te lécherai, je te ferai couler sous ma langue. Tu verras, je reviendrai.

Reviens, ma Belle, oh ! oui ! reviens ! Touche-moi, fais-moi des choses, subis la loi du Maître avec moi !

Il m’a fouettée bien plus délicatement qu’il ne l’a fait pour toi. Souvent, il frappait sur ma jupe de cuir qu’il avait relevée. Pas très douloureux… sourire. Il avait décidé que j’étais fragile et douillette, et pourquoi pas ? Maintenant je ne me souviens plus qu’il m’ait mis des pinces, mais je me souviens très bien du hurlement de douleur quand il les a retirées.

Tu as vraiment souffert, même si ses coups étaient retenus avant. Je le voyais (sous le bandeau) tourner des liens autour de tes jambes… Il t’a demandé si tu avais mal. Tu lui as répondu que tu savais que ça ferait encore plus mal quand il les ôterait. J’avais envie de te caresser l’épaule, de te consoler de la douleur…

J'ai aimé vivre avec toi sous les yeux, sous les doigts, sous les coups de ce maître que nous partagions et qui n’est même pas "mon" maître, si tant est que quiconque le soit.

C’est le mien. Je l’ai autorisé à l’être, il m’a amenée à accepter ce mot et je dois dire qu’il me comble de bonheurs. Mais je ne le possède pas, il me quittera un jour (à moins que ce soit moi ?). Je n’ai que lui (comme maître) et j’en suis heureuse. Il me semble cependant que ce s’il veut me remplacer, il ne m’amènera pas la femme avec qui il veut le faire. Dommage, je pourrais lui passer le flambeau ! Mais il est trop délicat pour ça.

Quand il a joui dans ta bouche, je te tenais dans mes bras, et j’ai vécu son plaisir et le tien. Sans doute est-ce ce qu’on appelle la sympathie. Sentir avec les autres.

C’est le même mot que « compassion » : souffrir avec. Non, c’était plutôt une sorte de fusion (pas au sens péjoratif de la psychanalyse : un moment, pas une névrose !), tous les trois ensemble dans le plaisir, sans mots, sans réflexion, sans interdits. Un grand quartier de liberté. Grâce à ta fière sincérité, à ta joie de vivre contagieuse, à ton audace et à ta force.

Je vous ai aimés, cet après midi.

Moi aussi, je t’ai aimée ! Tu le sais ! Quant à B., il était fou de joie. Mais les hommes n’osent pas exprimer leur bonheur. Dommage pour eux !

Ensuite, nous avons bu un verre, tous les trois assis autour de la table. Je m’étais lavée et rhabillée.
Je vous ai quittés pour aller à la manif des femmes au Père Lachaise, retrouver là-bas d’autres femmes que j’aime. C’était une belle fête des femmes.
Quelqu'un m’a dit, un peu méchamment « le 8 mars, c’est pas la fête des femmes, c’est la journée de lutte des femmes ». Moi je lutte pour le bonheur, aussi…

Toi, tu luttes sur tous les fronts et je t’admire ! Nous nous reverrons bientôt. Nous aurons le temps, j’espère, de nous aimer encore, à notre façon : tendre, humoristique et joyeuse.
Je t’embrasse tendrement.

mars 2007

 

 

 

 

 

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