|
Soumise docile mais pas facile
Est-ce être facile que rechercher un baiser qui sonne comme un ordre sec ?
Est-ce être facile si je me tends pour tenter vos doigts à venir me donner mon nom sans tact ni tendresse ?
Est-ce être facile que d’appeler à la possession ?
Est-ce être facile que de vouloir un homme dans mon dos, être sûre qu’Il ne me veut que du bien, qu’Il ne m’apportera que du bon (même s’Il était allé – après tout, qui sait ? – cueillir un bouquet d’orties ou tailler une baguette de noisetier…)
Est-ce être facile que d’avoir les mains jointes, et à genoux être bien autre chose qu’une triste prieuse ?
Est-ce être facile de savoir que la cage n’est rien pour l’oiseau quand il rencontre l’oiseleur enfin…
Aujourd’hui le verrou tombe, le rideau se lève, et ma robe aussi.
Au théâtre, il y a les trois coups. J’en réclame bien plus, mais je pourrais me contenter des deux clics, d’une paire de menottes…
Débroussaillant les nœuds des années où les miroirs furent les seuls confidents silencieux ?
Les yeux bandés, je me raconterai,
Jamais je ne saurai demander "frappe-moi"
Je saurai dire "je t’aime" mais pas "j’aime ça".
Et moi qui parle peu, je ne saurai jamais déclarer mes desiderata.
Nue, à genou, nuque pliée, ployée, dos courbé. Mais n’est-il pas vrai qu’il y a inconsciemment de l’abandon constant dans ceux qui vivent respect et confiance.
J’aime ce trouble merveilleux, ce délicieux vertige, ce combat entre la honte et l’envie. Je suis soumise docile.
|